Conte - Légend'Air - Run'S

Publié le par run.s

Légend'Air




De par les nuits animées du crépitement des feux de camp et le scintillement des étoiles se sont construites ces légendes.
Douillettement enroulés dans un duvet, pour résister à la fraîcheur née de la rosée, les enfants se laissent aller à une douce torpeur. Les voix baissent decrescendo, ne trouvant plus rien à dire au sein de tant de bien-être.

Là sont les instants magiques.

Chacun, égoïstement blotti dans son petit univers de Merveilleux, l'esprit embrumé de sommeil, se laisse entraîner par ses rêveries. Les contes coulent comme sur un papier à musique. La portée en est un murmure de rivière sur les graviers, et les notes égrenées sont le bruissement des herbes sous la caresse de la brise d'été, le chant des cigales, le concert des grenouilles... Les péripéties survenues aux héros sont le fait du hululement d'un grand-duc dans le bois proche, ou bien du craquement des branches, le plongeon d'un poisson dans l'eau noire... les éclairs lointains d'un orage de chaleur.

Et il faut se faire violence pour saisir quelques bribes de ce nirvâna, pour engranger une portion de rêve qui le lendemain sera impitoyablement couché sur papier. Oh ! Il n'en restera qu'une bien piètre substance, et le pauvre résultat en est souvent froissé et jeté dans les braises encore fumantes. C'est le triste prix de la trahison. L'éther ne se laisse ni voler, ni capturer.

Mais qu'il naisse une belle légende reste toujours possible. A condition de le mériter !

Ces maigres semences ramenées de si haute lutte, il faut les faire germer. Mais pas n'importe où. Pas n'importe quand. Pas n'importe comment.
Il faut les avoir dans un tiroir de l'esprit, rapidement accessible, pour y ajouter, feuille après feuille, rameau après rameau, dès qu'elles se présentent. Il faut savoir les oublier aussi. Ne pas être un étouffoir qui les fera dépérir.
Il faut les emporter partout. Leur faire voir des horizons différents pour leur permettre d'y puiser les éléments vivifiants qui les épanouiront.

Il est judicieux de les ramener parfois là où on les a prises : se les rappeler juste avant le sommeil et s'endormir en leur compagnie. Elles feront leur chemin durant la nuit, reviendront puiser à la source des songes. Ainsi, au petit matin, elles auront réintégré leur niche, mûries et embellies.
Il arrive qu'une plante-histoire pousse à toute vitesse, devienne un bel arbre rapidement, mais qu'une étrange lassitude nous la fasse abandonner. Les paragraphes semblent alors atteints de phylloxera. On s'en désintéresse et elle végète dans la poussière d'un tiroir. Mais un grain d'histoire ne meurt jamais. Il sera peut-être un jour repris et mené à terme, de par l'espièglerie d'une muse volage.

On peut aussi faire une plantation de contes, comme une haie. On butine à tous, au gré des jours et des humeurs. Certains vont pousser trop rapidement. Il faudra alors les élaguer. Quelques-uns pourront prendre une mauvaise direction, un tuteur leur sera nécessaire.
Une histoire sera de ces espèces parasites.

Comme un lierre. Elle grandira sans difficulté, et un mauvais jour, on découvrira qu'elle ressemble de trop près à celle d'un autre auteur. Elle sera vouée au déracinage pur et simple.

D'autres, comme les buis, pousseront lentement, à raison d'une petite phrase par mois. Elles mettront longtemps à mûrir, souffriront de rachitisme. La trame en sera torturée et pleine de recoins. Il faudra les lire plusieurs fois pour les comprendre.

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Certaines ressembleront à des champs de friche, tout hérissées de personnages et d'actions secondaires, sans vrai fil conducteur. Une histoire anarchique qui fait quelques développements à droite, fait demi-tour, laisse mourir en chemin son héros-parmi-tant-d'autres, en accompagne un différent, le fait rencontrer un troisième qui a déjà un passé confondu avec le premier...

Il y aura celles qui ressembleront à des peupliers, longues et droites. Telle l'histoire du chevalier qui, dès le départ, doit mener sa quête. Il enfourche son destrier, et court sus à son but, sans trêve ni repos. Une fois délivrée sa belle, il se marie et engendre grande lignée qui poussera dans une irréprochable continuité. Une haie de peupliers.

Les contes-fruitiers laisseront un fade goût . Il en sera semé un grand champ. Tous seront du même acabit, taillé avec la même régularité. Tous auront leur introduction sans surprise après avoir lu le premier. Tous auront le même héros-qui-ne-meurt-jamais, mais qui doit tout de même être en danger à la page quarante-deux, s'en sortir avec les honneurs à la page cinquante-sept, châtier les méchants de la quatre-vingt deux à la cent-quarante huit et se retrouver à la cent-cinquante pour y recevoir médaille et citations.

Il y aura les légendes-champignons : discrètes, enrobées dans un milieu subtil, tout en finesses cachées, où il faut chercher la corrélation entre chaque mot . Passionnantes comme la chasse au cèpe qu'on aperçoit entre les taillis, mais qui disparaît dès que le regard n'appuie plus dessus. Et pourtant, il était là, au pied de ce châtaignier, là, à trois pas, juste à côté de ces bogues vides. Il faut suivre l'histoire avec attention, ne pas s'égarer, ne pas lâcher le fil d'Ariane. Qu'un évènement anodin vienne perturber l'esprit, et nous voilà perdus sans espoir de retour. Les mots s'alignent sans logique. On bute contre des phrases qui ne mènent à rien. On tourne, trois bonds en arrière, deux en avant, des écarts pour tenter de reconnaître le passage.

Mais rien à faire.

La solution est de reprendre le conte en recommençant du titre...

Le germe d'un conte peut se trouver dans une vieille souche à demi-immergée, une roche étrange ou une fiole ancienne trouvée dans l'herbe. Dans le passage d'une étoile filante ou dans un bouquet de roseau agité par le vent, le parfum d'un sous-bois, une feuille recroquevillée..

Chaque pas peut nous révéler qui une fable, qui une épopée fantastique, qui une aventure mirifique.

 



Car… les légendes sont dans l'air…



Publié dans contes de run's

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run's 16/03/2009 08:22

On cle Dan : :)))

Oncle Dan 16/03/2009 00:10

J'ai peur d'avoir écrasé des tas de contes et légendes par inadvertance. Les champignons, je les vois pas !

Fais pas ta Flo 15/03/2009 19:46

Bonsoir Run'sJe découvre ton univers mais je crois qu'il faut plus de temps que ce soir !! Je passe par chez toi, simplement parce que je fais partie de la communauté de Dana.Va falloir se creuser la tête pour le thème que tu proposes.Bonne soirée flo

run's 14/03/2009 21:33

Coucou Azalaïs,Ravi que le concept plantation de contes t'ai plu :)Tu es comme le buis, tu t'es nourrie lentement de la substance "conte" avant de la laisser s'épanouir :)Moi, je suis plutot junglesque dans ma production : un foisonemment d'idées très éclectiques qu'il faut discipliner à la machette pour n'en garder que les viables :)Pour le moment, je suis en France pour valoriser mes arts graphiques et littéraires.Mais je retournerais certainement dans la forêt. Elle est source magique d'inspiration. Elle me manque énormément. Et rien qu'elle désormais...

run's 14/03/2009 21:28

Ola Nettoue,Je te remercie pour ton enthousiasme :)Ca fait plaisir.Mais je n'ai pas de don de conteur.Seulement un bon feeling de créateur de conte :)Je te ferais pas revenir pour rien, je vais mettre d'autres contes bientot :)